Extrait gratuit — Chapitre 4
Le Tour du Monde en 80 Jours — Novelia 2026

Orient Express 2.0

Jour J+2 — Quelque part entre Paris et Vienne

~3 800 mots~15 min de lecture
Chapitre 3 — Le Meridian ClubChapitre 5 — Istanbul la Frontière
Jour J+2 — Quelque part entre Paris et Vienne
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I.

La cabine premium de l'European Rail Prestige Service Istanbul Express— que personne n'appelait comme ça — faisait exactement deux mètres soixante sur un mètre quatre-vingts.

JB l'avait mesurée ce matin-là avec ses pas, en se levant, parce qu'il n'arrivait pas à dormir et qu'il fallait bien faire quelque chose de ses mains. Deux mètres soixante sur un mètre quatre-vingts. Un lit escamotable, un fauteuil pivotant en cuir couleur cognac, une petite table en bois clair avec un vase minuscule contenant une fleur artificielle beige. Une fenêtre pleine hauteur avec un rideau translucide. Et, fixée au-dessus de la couchette, une interface tactile de vingt-deux pouces proposant : connexion Starlink Premium (vitesse garantie 150 Mbps), menu en douze langues, sélection musicale spatiale, contrôle de la température à 0,5 degré près.

La connexion Starlink premium coûtait quatre-vingt-dix euros pour la durée du trajet. JB avait demandé le code au steward à sept heures du matin.

Fogg n'avait pas demandé.

JB avait découvert ça par hasard, en frappant à la porte du compartiment d'en face — le 7A — pour demander si Fogg voulait prendre un café au wagon-restaurant. Fogg était assis dans son fauteuil cognac, livre ouvert sur les genoux, le regard posé vers la fenêtre. La campagne défilait dehors — l'Alsace était loin derrière, l'Allemagne aussi, et maintenant les prés plats et les lignes électriques se répétaient comme une boucle infinie sous un ciel de lait.

Le livre était papier. Relié. Couverture bleue sans image. JB ne put pas lire le titre.

— Tu n'as pas pris le wifi ?

— Non.

— Pourquoi ?

Fogg tourna une page.

— Parce que je lis.

JB regarda l'interface tactile — noire, inactive, silencieuse. Puis Fogg. Puis la fenêtre.

— T'as quand même le signal pour les Proof of Position ?

— J'ai une ligne séparée pour les obligations contractuelles. Ce n'est pas du wifi. C'est une connexion dédiée à la vérification. Deux choses différentes.

Il leva les yeux une fraction de seconde — pas pour croiser le regard de JB, mais pour vérifier l'heure sur sa montre.

— Café dans vingt-deux minutes. Wagon 5.

La porte se referma.

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[Live] J+2. Quelque part après Strasbourg.
Le paysage change. Nous aussi.
📍 GeoProof ✅ | 48°44'N 7°26'E | 08:14:03 CET
#80JoursSansAiles
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II.

Au wagon 5, JB avait commandé un café et posé son iPhone 16 Pro Max sur la table, lens arrière face au couloir. Le plan était simple : se filmer en train de regarder le paysage avec Fogg à côté, les deux profils, la fenêtre, les champs qui défilaient. Quelque chose de beau. Quelque chose de contemplatif. Peut-être ajouter une musique en post — quelque chose de lent, de légèrement mélancolique. Le genre de clip qui fait trois millions de vues parce que les gens sentent qu'il se passe quelque chose même s'ils ne savent pas quoi.

Il avait même répété mentalement ce qu'il allait dire. Un truc sur le voyage comme état d'esprit. Quelque chose avec le mot "présence".

Fogg arriva exactement à l'heure prévue. Il regarda le téléphone posé sur la table.

— Tu vas le dire ou j'attends ?

JB leva les yeux.

— Quoi ?

— Ce que tu prépares de dire pour la caméra.

Un silence. JB reprit le téléphone.

— C'était… j'avais un plan pour une vidéo. Un truc contemplatif. Toi, moi, la fenêtre. Quelque chose d'authentique.

— Un plan.

— Un plan.

Fogg prit son café — un expresso, il avait commandé avant d'arriver, JB ne savait pas comment — et le regarda pendant deux secondes.

— Tu veux filmer quelque chose d'authentique.

— Ouais.

— Alors arrête de performer. Filme.

JB ouvrit la bouche. La referma.

— C'est pas pareil.

— Non, dit Fogg. C'est exactement pareil. Dès que tu prépares ce que tu vas dire, tu ne filmes plus ce qui se passe. Tu filmes ce que tu as décidé qu'il allait se passer. C'est du théâtre avec un décor mobile.

Il but son expresso.

— Pose le téléphone. Regarde par la fenêtre. Si quelque chose mérite d'être filmé, tu le sauras parce que tu auras envie de filmer, pas parce que tu auras décidé de filmer.

JB posa le téléphone. Il regarda par la fenêtre.

La campagne défilait — champs, silos, lignes électriques. Un village avec une église à clocher pointu. Un cheval seul dans un pré, immobile, qui regardait le train passer avec cette impassibilité tranquille que seuls les chevaux savent avoir.

Trente secondes. Quarante.

JB reprit le téléphone.

Il filma le cheval.

📲 @JBFilms
[Story]
j'ai filmé un cheval depuis le train
je sais pas pourquoi mais c'était le bon moment
[vidéo 8 secondes — champ vert, cheval immobile, train en mouvement]
👁 12 K vues
III.

La vraie conversation commença une heure après le café. Pas parce que JB l'avait planifiée — parce que Fogg avait fermé son livre.

C'était ça, la différence. Quand Fogg posait son livre, c'était lui qui choisissait d'être là. JB avait appris, en deux jours, à ne pas rater ces moments.

Il prit son téléphone. Pas pour filmer — juste pour le poser devant lui, enregistrement audio activé sans le dire.

— T'es en train de lire quoi ?

Les Confessions d'Augustin. La partie sur le temps.

— C'est quoi, la partie sur le temps ?

— Augustin dit que le présent n'existe pas vraiment. Il y a le présent du passé — la mémoire. Le présent du futur — l'attente. Et le présent du présent — l'attention. Trois choses distinctes qu'on confond en une seule.

JB réfléchit.

— Et t'y crois ?

— Je trouve que c'est une bonne grille pour voyager.

Il regarda par la fenêtre. Ils étaient entrés en Autriche sans que JB l'ait remarqué, et les champs plats avaient laissé place à des ondulations douces, des forêts de sapins qui descendaient jusqu'aux berges, des rivières couleur acier. Le paysage avait une densité différente — plus ancien, plus habité.

— Pourquoi tu fais vraiment ce voyage ? dit JB.

Fogg ne bougea pas.

— Pour gagner le pari.

— C'est la réponse officielle.

— C'est la réponse vraie.

— Y'en a pas d'autre ?

Un silence. Long. Pas le silence inconfortable des gens qui cherchent leurs mots — le silence de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il va dire et choisit le moment.

— En avion, dit Fogg, tu quittes Paris à neuf heures et tu arrives à Tokyo à midi le lendemain. Onze mille kilomètres. Tu n'as rien traversé. Tu as été suspendu dans un tube en aluminium à dix mille mètres d'altitude, anesthésié par un film ou le sommeil, et le monde en dessous de toi n'existait pas pendant ces douze heures. Tu arrives fatigué sans avoir bougé. Tu repars ignorant de tout ce qui s'est passé entre les deux points.

Il prit son livre mais ne l'ouvrit pas.

— En train, tu vois la frontière. Tu vois le moment précis où l'Alsace devient l'Allemagne. Tu vois la ligne où la langue sur les panneaux change, où l'architecture change, où la couleur des toits change. Tu traverses quelque chose de réel. Le monde est à hauteur d'homme — tu pourrais, théoriquement, ouvrir la fenêtre et toucher le sol qui défile.

Il se tut.

— Je ne fais pas ce voyage pour battre un record. Je le fais pour traverser le monde. Ce n'est pas la même chose.

JB avait les yeux sur la fenêtre sans le voir. Il pensait à tous les voyages qu'il avait faits — Dakar en avion, Barcelone en avion, Lisbonne en avion. Arrivé, rentré, et entre les deux ? Rien. Un intervalle sans nom.

— Et tu te poses la question, dit Fogg, si ça compte.

Ce n'était pas une question.

JB ne répondit pas.

Il gardait les yeux sur le paysage autrichien qui défilait. Une rivière. Un pont en pierre. Des vaches dans un pré qui n'avaient aucune idée que cent mille personnes regardaient probablement cette fenêtre en ce moment.

— Ça fait longtemps que t'as cette théorie ?

— Ce n'est pas une théorie, dit Fogg. C'est une observation. Depuis longtemps, oui.

— Depuis quand ?

Un silence différent, cette fois.

— Depuis que j'ai pris mon premier vol seul. J'avais dix-neuf ans. Londres-Singapour. Treize heures. Je me souviens d'avoir regardé le hublot au-dessus de l'Inde — juste des nuages. Je me souviens avoir pensé : je suis au-dessus du sous-continent indien, là, maintenant, et je n'en saurai jamais rien. J'y suis et je n'y suis pas. Et ça m'a semblé être une façon très étrange de voyager.

JB réfléchit à ça. Il pensa à la caméra posée sur la tablette devant lui. Il ne la prit pas.

Certaines choses n'avaient pas besoin d'être filmées pour exister.

📲 @PhileasFogg_Official
[Thread — 1/3]
Quelqu'un m'a demandé pourquoi je fais ce voyage sans avion.
Réponse courte : parce que depuis un avion, le monde n'existe pas.
Depuis un train, il existe.
Ce n'est pas la même chose.
#80JoursSansAiles
♻ 89,3K ❤ 712K
IV.

Vienne.

Le train ralentit à 11h37. Les quais de la Westbahnhof glissèrent derrière la vitre — un hall de verre et d'acier rénové, des gens avec des valises, un homme qui courait et manquait son train de dix secondes. JB filmait depuis la fenêtre.

— Escale de combien ?

— Vingt-deux minutes.

— T'as prévu quelque chose ?

— Oui.

Fogg était déjà debout. Il avait remis sa veste gris anthracite et tenait son portefeuille. Pas son téléphone. Juste le portefeuille.

— Je reviens dans dix-neuf minutes.

Il sortit.

JB hésita trois secondes. Puis il prit sa caméra et descendit sur le quai.

L'air viennois était différent — plus frais, légèrement solennel, avec ce quelque chose que les grandes villes austro-hongroises gardaient dans leur pierre comme une mémoire. JB filma le quai. Les pigeons. Un groupe de lycéens japonais qui regardaient le train avec leurs téléphones levés. Un steward qui fumait à l'angle du hall, les yeux mi-clos dans la lumière du matin.

Il chercha Fogg.

Il le trouva cent mètres plus loin, devant un kiosque à journaux.

Fogg parcourait le présentoir rapidement — pas d'une façon hésitante, mais avec la précision d'un homme qui sait exactement ce qu'il cherche dans un espace qu'il n'a jamais vu. Il prit un quotidien autrichien, un hebdomadaire britannique, et un magazine français dont JB ne reconnut pas le titre. Il paya en espèces — des billets préparés à l'avance, dans une enveloppe qu'il tira de sa poche intérieure, monnaie locale déjà comptée.

Il prit les journaux sous le bras.

Il se retourna. Il vit JB avec sa caméra.

Il ne dit rien. Il revint vers le train.

JB le suivit.

— T'achètes des journaux papier.

— Oui.

— À chaque escale ?

— Quand il y a un kiosque.

— Pourquoi ? T'as accès aux mêmes journaux en ligne avec ta connexion dédiée.

Fogg monta les marches du wagon. JB monta derrière lui.

— Les journaux papier achetés à Vienne contiennent des informations que personne n'a encore reformatées pour une audience numérique. Ils ont une texture différente. Et les lire ici — dans ce train, à cet endroit, avec cette lumière — c'est une expérience que tu ne reproduis pas sur un écran.

Il tenait les journaux contre sa poitrine avec une sorte de soin discret.

— Le monde à hauteur d'homme, dit-il. Pas seulement par la fenêtre.

JB resta sur la dernière marche du wagon, caméra levée, à regarder le quai qui se vidait. Le kiosque. Le présentoir. L'espace vide où Fogg se tenait trente secondes plus tôt.

Il appuya sur REC.

Le train repartit à 11h59 précises.

📲 @JBFilms
[Story]
[vidéo 23 secondes — quai de Vienne, Fogg de dos devant le kiosque,
geste précis de payer en espèces, il prend les journaux, se retourne,
JB cut avant qu'il arrive]
VIENNE. 22 MINUTES.
C'est tout ce qu'on a eu.
C'est tout ce qu'il lui fallait.
#80JoursSansAiles #OrientExpress
👁 ████████████ 4,1 M vues — 1h
💬 38 700 commentaires
V.

Le live franchit le million de spectateurs simultanés à treize heures vingt-deux, quelque part entre Vienne et Budapest. JB le vit passer sur l'écran de son téléphone et ne sut pas exactement comment réagir.

Un million de personnes. En même temps. En train de regarder une caméra fixée sur la vitre d'un compartiment de train qui traversait les collines de Basse-Autriche.

Il ne se passait rien de particulier à l'image — les vignes en terrasse de Burgenland, de l'herbe, des toits de tuiles rouges dans des villages sans noms sur les panneaux, la lumière d'après-midi dorée et douce sur tout ça.

Dans le chat du live :

un million de gens qui regardent des vignes au ralenti et c'est le meilleur contenu de la semaine

fogg est en train de lire un journal PAPIER à 250 km/h je suis en LARMES

quelqu'un peut m'expliquer pourquoi c'est si satisfaisant à regarder

le mec lit Augustin dans un train en se refusant le wifi c'est le personnage de roman le plus cohérent de 2026

🔴 @PhileasFogg_Official — EN DIRECT
[Live continu — fenêtre de train, Burgenland, Autriche]
Spectateurs simultanés : 1 127 843 🔴

JB baissa son téléphone.

Il regardait Fogg depuis l'autre côté du wagon-restaurant — il avait gardé cette distance depuis ce matin, par instinct. Trop près, et c'était une interview. Trop loin, et c'était de la surveillance. À trois tables, c'était quelque chose d'autre. Une présence. Un espace de confiance tacite.

C'est ce que je cherchais à filmer, pensa-t-il. Pas ce que j'avais préparé. Ça.

Un million de personnes regardaient une fenêtre de train. Elles ne regardaient pas une performance. Elles regardaient quelque chose de vrai se passer en temps réel, et elles le savaient, et c'est pour ça qu'elles étaient là.

JB pensa au cheval du matin. Douze mille vues. Rien comparé aux chiffres de Fogg. Mais ces douze mille vues avaient un goût différent de tous ses chiffres précédents.

VI.

Budapest en fin d'après-midi.

La Hongrie avait une lumière différente — plus chaude, plus rousse, comme si le soleil s'y couchait plus lentement qu'ailleurs. Les abords de la capitale glissaient derrière les vitres : immeubles de béton soviétique couverts de graffitis colorés, puis les premières façades Art Nouveau, puis le Danube en une large coulée dorée, et le Parlement au loin avec ses tours néo-gothiques impossibles qui semblaient sorties d'un songe du siècle précédent.

JB filmait sans réfléchir. Instinctivement. Caméra levée, pas de plan, pas d'angle prémédité — juste le fait de diriger l'objectif vers ce qu'il voulait regarder plus longtemps.

— On s'arrête combien de temps ?

— Dix-huit minutes.

Fogg n'était pas descendu cette fois. Il lisait le Wiener Zeitung, ouvert sur ses genoux, les doigts tenant les bords avec cette précision qu'il réservait à tout.

Et, voiture 6, une femme.

JB la remarqua presque sans la voir — ou plutôt il la vit de la façon dont on remarque quelque chose sans chercher à le remarquer, par le biais de la caméra tenue levée qui capte tout indifféremment. Veste imperméable sombre. Sac à dos et un ordinateur sous le bras. Valise de taille cabine tirée avec économie de gestes. Elle montait la tête légèrement baissée, les cheveux tirés en arrière, et quelque chose dans sa façon de monter — la précision de ses pas, le fait qu'elle ne regardait pas autour d'elle comme une touriste mais savait exactement où aller — fit que JB continua de filmer encore deux secondes dans sa direction avant de s'en détourner.

Il baissa la caméra.

— Les gens qui montent, dit-il vaguement.

Fogg tourna une page de son journal sans lever les yeux.

— C'est la dernière grande correspondance avant les Balkans.

Le train repartit à 18h07.

Budapest s'éloigna derrière la vitre dans la lumière du soir — les ponts sur le Danube, les collines de Buda avec leur forteresse, les façades illuminées du Parlement qui se réfléchissaient dans l'eau comme une image de fête dans un monde encore normal. Puis les faubourgs. Les entrepôts. Les zones pavillonnaires. Puis les champs.

Puis le crépuscule.

Puis le noir.

JB regardait la fenêtre devenue miroir — son propre visage lui revenait, translucide, superposé au paysage invisible.

— T'as l'impression qu'on est loin, maintenant ?

Fogg plia son journal soigneusement, en quatre. Il le posa sur la tablette.

— On vient de quitter la frontière de la Mitteleuropa. Derrière nous, il y a Paris, Londres, les systèmes que tu connais. Devant, il y a la Roumanie, la Bulgarie, et Istanbul.

Il regarda la vitre noire.

— Oui, dit-il. On est loin.

JB resta longtemps les yeux posés sur son reflet. Le monde dehors avait cessé d'exister — ou plutôt il existait dans l'obscurité, à cent quatre-vingts kilomètres par heure, en se passant de lui.

Il pensa à ses documentaires sur les cultures de transit. Les gares, les ports, les couloirs de nuit.Ces espaces entre deux mondes où les gens révèlent qui ils sont vraiment.C'était ce qu'il avait écrit dans sa note d'intention à La Fémis. Il avait vingt-deux ans et il était sûr d'avoir compris quelque chose.

Il se demanda si lui aussi révélait quelque chose, là, dans ce train entre Budapest et le reste du monde.

JB appuya sur REC.

Il ne savait pas encore exactement ce qu'il filmait.

C'est peut-être pour ça que c'est bon, pensa-t-il.

Dans la voiture 6, à sept compartiments de là, une femme ouvrit son ordinateur.

Elle avait attendu que le train reprenne de la vitesse avant de le faire. Elle avait regardé par la fenêtre Budapest disparaître — avec cette attention particulière qu'elle portait à tout, cette façon de regarder qui n'était pas du tourisme mais de la collecte. Elle avait regardé les quais, les voyageurs, et les compartiments côté couloir qu'elle avait pris soin de ne pas croiser.

Sur l'écran, un document ouvert. Pas un article. Une liste de questions. Certaines étaient raturées. D'autres avaient des astérisques dans les marges.

Elle n'avait pas encore décidé comment elle allait s'y prendre.

Mais elle avait un billet jusqu'à Istanbul. Elle avait une source dans l'entourage de Fogg qui avait commencé à parler. Et elle avait dix-huit heures devant elle dans ce train avant Bucarest pour trouver le bon angle.

Pas un angle pour une vidéo. Un angle pour la vérité.

Elle n'était pas sûre que ce soit la même chose.

Elle referma le document. Elle ouvrit son carnet — papier, noir, à couverture cartonnée. Elle prit son stylo.

Elle commença à écrire.

📲 @JBFilms
[Story]
Budapest dans le noir.
On file vers les Balkans.
[vidéo 12 secondes — reflet du compartiment dans la vitre noire,
lumières de Budapest qui s'éloignent et s'éteignent une à une,
puis obscurité totale]
👁 2,1 M vues — 30 min

Son téléphone vibra.

DM — @Jules_V_1828
« Savez-vous ce que Phileas Fogg voyait,
depuis la fenêtre de son train,
que personne d'autre ne regardait ? »

JB fixa l'écran. Il avait reçu deux messages depuis le début du voyage. Jamais le même sujet, jamais d'identité, jamais de contexte. Juste cette façon d'arriver au mauvais moment — ou au bon.

Il tendit le téléphone à Fogg sans un mot.

Fogg prit le téléphone. Il lut. Il le rendit.

— Et ? dit JB.

— C'est une bonne question.

— T'as une réponse ?

Fogg rouvrit son livre.

— Pas encore.

Le train continua dans le noir.

Le compteur tourne.

LE COMPTEUR TOURNE
J+2 / 80 — Distance parcourue depuis Paris : 1 847 km
Abonnés @PhileasFogg_Official : 9,4 M
Story « Vienne-kiosque » @JBFilms : 4,1 M vues en 1h
Live record : 1 127 843 spectateurs simultanés
Prochaine étape : Bucarest — puis Istanbul
Fin du Chapitre 4
À suivre — Chapitre 5 : Istanbul la Frontière
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Chapitre 3 — Le Meridian ClubChapitre 5 — Istanbul la Frontière